La voie de l’Oré, Tome 1 : Le maître de l’anarchie – Marie Fabre – Naos – Critique littéraire

Bulletin spécial du 3 juin 2025 – Les lectures d’une Petite Hirondelle
La rive fait-elle les grands hommes ?
*

Meurtres à Bohème ! Le matin du 24 juin 1896 a bousculé la capitale de Victoria. Le quotidien n°7458 de la très célèbre et plus importante maison de presse du pays, Le Mot Liber, dévoile un titre choc sur les événements qui marquent la ville aux trois rives.
Trois Dominis, hommes d’affaires les plus puissants de la ville, ont été assassinés. Un meurtrier silencieux, puissant et terriblement efficace, qui échappe à la brigade et à la justice.
Malgré l’aide apportée par Le Mot Liber, l’enquête est au point mort. Mais, c’était sans compter l’ambition d’un jeune reporter de se mêler de gré ou de force à cette affaire sous haute tension politique et sociale.
Il se nomme Hatcher. Orgueilleux, sûr de lui, travailleur acharné, il n’a pas peur d’affronter la haute sphère de la société. Son intelligence et sa lecture des gens sont ses atouts, mais, quand il s’agit d’apparence, rien n’est jamais certain.
Tandis qu’il prépare un article sur Willem, un étudiant brillant spécialisé dans l’Oré, ce métal miraculeux qui, depuis sa découverte, a propulsé la révolution industrielle à Bohème, il cherche à relier les pièces d’un puzzle fait de chimie, d’argent, de démesure et de puissance.
Il alternera viré à l’Opéra, sortie à l’hippodrome, soirée privée et vie personnelle, faite de rancœur, de persévérance, d’amour et de haine, pour les autres et pour lui-même.
Et nous, observateur de cette histoire, on aura les yeux plein d’étoiles, les chants d’Anna, la petite amie de Hatcher, en fond sonore, le crissement des craies sur un tableau, la brume des quartiers pauvres jusqu’aux chevilles, l’embrun par la fenêtre et l’injustice au fond du cœur. Celle de la société, celle du déni, celle du regret d’un « autrement » imprimé sur une photo volée, un paquet de cigarettes absent et d’un mystérieux médecin pour sauver ce qui le peut encore.
Une enquête, une vie en société d’être ou de paraître, des relations à espérer ! Oh oui, cher lecteur, j’ai espéré à en crever (encore une référence musicale, saurez-vous trouver les autres ;)). J’avais entendu des choses sur cette histoire et, quand j’ai commencé à lire, ça n’y correspondait pas. J’ai demandé à deux amis, l’une m’a dit qu’elle n’avait jamais entendu parler de ça, l’autre est allé vérifier sur des sites d’avis en ligne et m’a dit que non. M’ont-elles menti ? Dans tous les cas, elles ont bien fait, parce que j’ai adoré y croire jusqu’au bout et la saveur aurait été différente. Je ne vous en dirai pas plus pour cette raison.
Saisi par la tournure des événements, vous ne saurez à qui vous fier et scotché par l’audace d’Hatch, vous resterez. Une seule demi-page pour rentrer dans Bohème, croire à l’existence de cette histoire, vous attachez à ses personnages.
Cette enquête m’aura frustré, tout comme ses dénouements. Je n’ai jamais eu ce sentiment de déjà vu que j’ai de plus en plus dans mes lectures, le livre a pris son propre chemin et j’ai aimé être bousculé.
Un dilemme moral, ou plusieurs. Un Hatcher en plein milieu, déchiré, enchaîné, tenu en joue. Sens de la justice, poids des actes, un équilibre à quel prix ? Rentrez dans La voie de l’Oré, c’est prendre part à cette lutte intérieure et extérieure.
Comme vous l’aurez donc compris, cette découverte m’aura marquée (et je suis encore plus reconnaissante d’avoir pu faire dédicacer mon exemplaire au Festival du livre de Paris). J’ai très hâte et très peur du tome 2, mais je l’achèterai Day one !

Difficile de choisir entre les plus de 70 citations que j’ai relevé, mais voici un aperçu :
« Le mal de l’Hostie touchait de plus en plus de citoyens de ce côté de la ville et aucun traitement à ce jour ne permettait la guérison des malades. Trop peu de recherches étaient faites, la science s’intéressant davantage aux découvertes sur l’Oré qu’aux maux de quelques habitants négligeables. La puissance d’un petit minerai, tout le pouvoir qu’il accordait, contre des vies humaines que l’histoire oublierait : les investisseurs avaient vite choisi. » page 28
« Plusieurs attelages se suivaient dans l’allée extérieure, quelques voitures motorisées à l’Oré également – gage de la fortune des convives. Hatcher ne serait pas à sa place dans cette demeure, parmi ces gens. Plus importante qu’il n’osait l’admettre, une part de lui le désirait : appartenir à ce monde, ce luxe, ces mondanités, ne rien avoir à craindre pour son avenir, sa stabilité sociale et son confort… Mais une autre, fervente, refusait de le voir devenir un de ceux qui s’enrichissaient tant qu’ils en oubliaient la misère existante. » page 38
« Hatcher ne se posait pas ces que00stions. Pourquoi, pourquoi, pourquoi… Pourquoi vouloir tout justifier ? Pourquoi chercher une excuse à tout ce qui advenait ? Au bout du compte, les raisons ne comptaient pas. Un crime était un crime, délibéré ou non, un meurtre restait un meurtre, nonobstant les bons sentiments. Une justice impartiale ne demandait pas pourquoi. Elle demandait seulement justice. » page 71
« Avant d’entamer sa lecture, il suivit des yeux la direction que prenait l’objectif, droit sur ces gens, ses voisins, les occupants de l’Hostie, comme lui. En un flash, l’appareil immortalisa l’aube d’un mouvement qui pourrait tout emporter. » page 186/187
Alors, cher lecteur, prêt à faire un saut dans le passé, qui résonne tant avec notre présent ? Politique, amour, enquête et société, ça donne envie, non ?
Lisez ce roman, pour ce qu’il est et pour ce dont il parle, pour son style parfait qui vibre en nous et pour que l’on puisse en discuter ensemble, parce que j’adorerai ça !
Les cartes de Tahsin

Abonne-toi pour ne louper aucuns articles !


