Rosaces et dragons – Ielenna – Slalom –Critique littéraire

Introduction
Ce que vous êtes vaut la peine d’être écouté <3
*
Coucou toi, comment te sens-tu ?
Quand j’ai montré cette couverture pastel à mon beau-frère, il s’est gentiment moqué de moi, affirmant que c’était « vraiment un truc de fille » (ou quelque chose comme ça). Quelle meilleure introduction que celle-ci, pour parler de Rosaces & Dragons, un roman de Ielenna aux éditions Slalom, dont le thème principal est les attentes de la société ? Ce one-shot de cosy fantasy à des messages à passer et des beaux pour casser les clichés !
Résumé :
Qui n’a jamais rêvé d’être soi-même (et d’avoir un dragon) ?
Dans la ville d’Arc-en-Flammes, chaque habitant est lié à un dragon dès sa naissance. Depuis son plus jeune âge, Carl est complexé d’être accompagné par Brodeverre : petite, rose et bavarde – avec un sens aigu du drame ! Elle est pourtant son seul soutien face à sa maladresse chronique, véritable handicap dans son apprentissage de vitrailliste au côté de son père. Carl tente désespérément de lui faire honneur. Alors quand, à 17 ans, on lui confie son premier chantier, il pense que son avenir en dépend… Malheureusement, dès le lendemain, un dragon puissant détruit son œuvre. Carl n’a alors plus qu’une idée en tête : trouver le coupable, et prouver de quoi il est capable !
Prenez une bonne tasse de thé au Speculoos et suivez Brodeverre, Perleroi, Bellegarance, Mimepousse et Souffleverre dans cette histoire où les dragons ne sont pas (tous) des monstres et où la princesse n’a besoin de (presque) personne pour la sauver !
Univers
Bienvenue à Arc-en-Flammes, ville côtière où se côtoient modernité et dragons ! Des compagnons du quotidien aux mille et une formes et couleurs !
C’est un univers coloré dans lequel on souhaiterait vivre qui se dévoile entre les pages. Il se dégage des rues, du tramway, de l’université, des fêtes et des vitraux, une douceur paisible au cœur de l’animation d’une capitale. Même si on y découvre aussi la campagne, bien plus champêtre et aux couleurs plus dorées, tout reste un peu magique et douillet.
Rien de compliqué, mais assez joliment développé pour comprendre ce monde et y appartenir à notre manière. Je crois que j’ai aimé les petits détails, comme le fait de faire caraméliser le sucre d’une crème brûlée par son dragon et en ressentir l’odeur. Le quotidien des personnages recèle de particularités qui rendent tout réel et vivant.
Les décors s’accordent. Lumineux, chaleureux, frais. On se sent bien dans ce monde, mais on ressent aussi les soucis des personnages, mais d’une façon pas écrasante pour le lecteur.
Le livre tient ses promesses de cosy, de vélo près des vagues, de fête foraine pétillante, d’opéra grandiose, de chouquette de la boulangerie d’à côté. Mais il n’oublie pas la part de conflit sans jamais assombrir trop l’ambiance pour autant.
Style
C’est un style qui t’emporte et fait rayonner tous les sens des lecteurs. J’ai senti, goûté et aimé. J’ai été compatissante et peiné parfois aussi (trop d’ailleurs à un moment, on en reparle plus loin). Ce style doux apporte rire et confidence tout en simplicité.
C’est aussi bourré d’un humour un peu taquin des codes littéraires qui est hyper fun !
Histoire
« Carl Bernstein. Sans plus de titre. Enfin, vous pouvez ajouter « boulet des vitraux onéreux, saint patron des chutes improbables, détenteur des mille cicatrices inexpliquées et empereur autoproclamé des maladroits ». Ça ferait son petit effet ainsi gravé sur la porte de l’atelier de mon père. Mais ce ne serait pas très vendeur pour le client. » p86
Carl vit chez son père et sa nouvelle compagne ainsi que leur fille. Futur héritier de son atelier de vitrailliste, il essaye de suivre ces traces. Seulement, Carl a tout de ce qui ressemble à de la dyspraxie (peut-être pas complètement, mais je trouvais intéressant d’aborder ce trouble ici si vous ne le connaissez pas).
« La dyspraxie est une perturbation de la capacité à effectuer certains gestes et activités volontaires (nommé praxie). Elle est également appelée trouble développemental de la coordination. La dyspraxie résulte d’un dysfonctionnement de la zone cérébrale qui commande la motricité. » Comprendre la dyspraxie de l’enfant. (s. d.). Ameli.
Trouble souvent révélé dès l’enfance, il est encore visiblement mal défini. D’ailleurs, vous vous souvenez mon beau-frère dans l’intro ? On lui passe le bonjour ici aussi, puisqu’il est atteint de dyspraxie. Je n’ai jamais vu quelqu’un casser autant de choses x)
En-tout-cas, pour Carl, c’est plutôt handicapant et il se sent nul, incompris et pas à la hauteur. Et quand il réussit enfin, un beau vitrail dans une véranda, une catastrophe surgie ! Mais il a bon cœur, alors il tentera de régler et de comprendre le problème avec l’aide d’une jeune femme qui croit en cette enquête pour la libérer. D’elle-même ? Des attentes des autres ? Peut-être Carl et elle ont beaucoup de points communs !
Une aventure à travers la ville pour arrêter un gros problème qui risque de mettre beaucoup en danger (et la police existe dans ce monde, pour le meilleur et le pire !)
Planque, découverte, destruction et magie, on alterne entre avancées, mais aussi problèmes familiaux. Parce que oui, deux grands sujets se dévoilent dans ce texte :
– Les attentes sociétales, notamment par rapport au genre.
– La famille recomposée.
J’ai beaucoup aimé voir un personnage dont les parents se sont séparés dans un plutôt bon terme. Les deux savent encore communiquer entre eux pour le bonheur de leur fils. On parle de leur histoire avec une justesse poétique et importante. Mais j’ai surtout aimé leur imperfection, qui, malgré tout, touche Carl. C’est une partie qui a vraiment toute sa place dans le roman et qui apporte beaucoup sur un sujet qu’on entend trop peu avec autant de modernité et d’amour, même quand les parents font de la mer** ! L’évolution de cette intrigue est un des gros points forts, qui admet ses torts et grandit pour toute la famille !
« Ce mur… c’est la société, nos familles, nos lignées qui l’ont bâti, pour mieux nous piéger dans nos labyrinthes respectifs. Ceux dont on ne peut pas s’échapper. On se pense maître de son cheminement mais, en réalité, notre voie est déjà tracée par ceux qui l’ont conçue pour nous. Ce mur, je l’ai vu comme un moyen de me surpasser. Il était sur notre route pour nous provoquer. Pour que nous puissions mieux le franchir et nous abreuver de cette ascension. Par défi, peut-être ? L’envie de ne plus nous conformer à cette société. D’être des individus, aimés pour leurs êtres profonds. Le remords vient ensuite. C’est notre lot à tous. Mais une vie de regrets est un mur lisse et gris, là où une vie de remords est un mur buriné, mais un mur peint de mille couleurs. » p170
Le côté sociétal possède à la fois une empreinte féministe avec Iseline qui se bat pour que sa place de femme ne la définisse pas, mais aussi avec Carl (je ne sais pas s’il existe un nom pour ça ?) qui lui se bat pour que sa place d’homme ne le définisse pas. On s’intéresse à la vision de la virilité, des codes sociaux des hommes entre eux et à leur vision de la place des femmes ou de ce qu’il considère comme féminin justement. Parce que n’oublions pas, notre petit Carl a comme petit dragon une dragonne rose et bavarde (adorable et très drôle d’ailleurs xD) !
« — J’ai l’impression que, dans ce monde, je n’ai pas le droit d’être heureux, parce qu’il faut toujours relativiser, prendre du recul. Je n’ai pas le droit d’être triste, parce qu’un adulte ne doit pas pleurer. Je n’ai pas le droit d’avoir peur, parce qu’un homme, c’est courageux. Qu’est-ce qu’il me reste, hein ? La colère ! La seule émotion acceptable aux yeux de la société. Mais même ça c’est problématique, parce que si je l’exprime autrement que par la force ce n’est pas assez démonstratif et si je fais preuve de violence, c’est mal vu… Vraiment… je ne comprends pas ce qu’on attend de moi. » p116
On a ainsi droit à de beaux discours et des discussions intéressantes sur le sujet qui amène à des débats qui peuvent ouvrir les yeux, ou du moins ne serait-ce que se rendre compte de nos maladresses humaines. Apprendre à faire mieux, toujours, et ce livre est une belle initiative avec des sujets aussi actuels et importants à transmettre.
Personnages
On parlera de Carl (dont on a les pdv uniquement) en dernier !
Les dragons, notamment Brodie et Perleroi, les deux que l’on voit le plus, sont attachants et pas juste là pour décorer. J’aime la place des dragons, avec toutes leurs personnalités, pas juste de la déco pour plus de cosy quoi !
« Aucun mot ne fut nécessaire pour la rassurer. Sa présence suffisait. Personne n’expliquait le lien qu’un humain pouvait vivre avec son dragon – une relation que beaucoup rapportaient au sacré. L’un à l’autre, ils étaient ce que les nuages étaient au ciel, ce que l’écume était à la mer. Indissociables. » p235
J’ai déjà parlé des parents de Carl, que j’ai vraiment aimé (ou détesté parfois, un peu xD).
Les personnages plus secondaires, comme l’infirmière, la dame de la police, les camarades de classe apportent tous à l’œuvre pour faire avancer le récit dans la bonne direction. Leur présence rend le roman plus complet et moins « exclusif » aux personnages principaux et c’est très appréciable !
Iseline, que l’on découvre au fils du livre, apporte du dynamisme ! J’ai aimé ses défauts et ses qualités qu’on ne lisse pas. Son duo avec Carl fonctionne bien. Ils apprennent à s’ouvrir et à se respecter et leurs discussions sont souvent très touchantes. On apprend beaucoup sur eux et sur nous dans leur alchimie.
Enfin, Carl. Ce héros m’a énormément touché ! Je me suis sentie proche de lui, de ses mésaventures, de cette place qu’il cherche, de ses pressions, de tout le reste. Il avait toute mon attention et tous mes souhaits de bonheur et c’est cette hypersensibilité qui guide ma vie et mes lectures qui a joué dans ce que je vais dire ensuite.
Je vais parler de la fin du livre, je vais essayer de ne rien spoiler, d’en dire le moins possible, de juste parler de mon ressenti, mais si vous ne souhaitez pas le lire au cas où, passer directement à la conclusion !
La fin est inattendue. Cohérente. Réaliste. Le truc, c’est que j’ai fermé le livre triste. L’autrice a certainement voulu être en accord avec son roman, en offrant une fin qui correspondait avec les combats portés et sa volonté de ne pas être cliché, mais Carl m’a fait de la peine, une peine dans l’épilogue trop forte à mon goût, alors que ma lecture était si doudou jusque-là. C’est ma seule déception dans cette lecture, une frustration envers moi-même d’avoir sûrement « sur-interprété » les émotions que j’ai prise pour mienne. Alors je sais, j’aime dire ici que toute émotion est légitime et j’ai tendance à juger les miennes, mais je veux que vous compreniez mon intention de vous donner envie de lire ce livre plus que l’inverse, car il possède de nombreux avis très positifs, y compris sur sa fin, et je sais être parfois hors courant ^^ Mais, je tiens à vous présenter ici tout ce que je suis et oui, j’ai vécu cette fin d’une manière dont j’aurais préféré me passer et je vous souhaite de la vivre autrement, car le reste du livre vaut le coup !
Conclusion
Un livre aussi beau que bon ! (Bon sang que je suis fan de cet objet livre et je pense qu’il sera large dans mon top de la plus belle couverture de mes lectures 2025 !)
Des sujets modernes et peu abordés en littérature de l’imaginaire dans un univers cocooning. Une lecture barbe à papa Young Adult, mais pour laquelle j’ai adoré parler avec ma maman de tous ces sujets !
Je vous le conseille pour son originalité, son audace et sa justesse et j’espère que vous y trouverez la force d’assumer être vous, dans toutes vos facettes, même celles qui ne plaisent pas aux normes !
(Et promis, moi aussi j’y travaille <3)
Les cartes de Tahsin

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2 commentaires
Nocmyst
Chouette chronique bien détaillée.
Je me sens un peu Carl dans ce que tu décris.
Clara
Oh merci, contente qu’elle t’ai parlé !