La brume l’emportera – Stéphane Arnier – Mnémos – Avis littéraire

Introduction
Et s’il était possible de remonter le temps, quel en serait le prix ?
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Rescapés de la brume, bienvenue ! Imaginez-vous au pied des montagnes et laissez le conteur vous raconter son histoire. Aujourd’hui, c’est au tour de « La brume l’emportera » de Stéphane Arnier, aux éditions Mnemos et en poche chez Folio Fantasy de vous convaincre !
Résumé :
Dans un monde inexorablement englouti par une brume remontant du passé, Keb Gris-de-pierre, berger de son état, a tout perdu. Maramazoe, guerrière renommée du peuple des mers, est une paria. Autrefois ennemis, ils arpentent ensemble les sentiers de montagne et les crêtes escarpées à la recherche d’une échappatoire, mais également de réponses… Quel qu’en soit le prix.
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Pour un roman si singulier, je vais casser la structure de mes chroniques habituelles.
Un débat profondément humain, dans lequel chacun a sa place pour comprendre et choisir.
Sous une plume dynamique et profonde, entre décors variés et blessures humaines, les discussions entre nos deux protagonistes forment peu à peu la morale de l’histoire. Surtout, elle laisse le temps de la détailler et de l’accepter. On laisse une belle place au deuil, aux regrets et aux erreurs. Les personnages avancent en croyant croire et le lecteur suit le même chemin. Je me suis fait prendre dans les filets des contradictions de Keb, de ses émotions, de mes propres contradictions, de mes notions de bien et de mal, et de ce qui ferait un monde meilleur. J’ai appris en lisant ce livre et mieux, j’ai retenu l’essentiel. Parce que c’est parfois difficile de changer de chemin. Se rendre compte avoir eu tort, par souffrance ou manque d’éléments, et c’est ce chemin-là qu’offre cette histoire à travers des sujets aussi difficiles et beaux que les souvenirs, le passé et les « et si » ou « si j’avais pu ».
« Face à l’adversité, certains détruisent les ponts, mais quelqu’un m’a dit un jour que c’est aussi dans les pires moments qu’on assiste aux plus forts gestes de solidarité. » page 243
Une intrigue haletante et un système de magie aussi intéressant que dynamique.
Keb se découvrira d’étranges capacités et mêlés à celle de Mara, leur duo traversera chemins effondrés dans le présent et ruines encore intactes dans le passé. Ils voyageront, comprendrons leur monde, l’affronterons entre deux dimensions et tout deviendra ainsi aussi original que prenant. Parce que les chorégraphies des combats deviennent imprévisibles, les solutions des respirations et le vide peut-être un ancien chemin. Les bâtiments prennent d’autres couleurs, d’autres espoirs, d’autres pièges. Une dynamique originale qui fluidifie les scènes intenses et en créer d’autres, encore plus profondes ! Ce système écrit aussi l’émotion d’une partie de l’histoire, une autre main tendue vers les questions et les espoirs. Vers la vie.
Amour derrière la brume.
Les relations du passé sont déchirantes et empreintes d’une véritable beauté. On parle d’amour profond, parfois teinté d’avenir prometteur, d’autres d’ambitions destructrices. Les relations du présent, et notamment celle de nos deux héros est touchante et respectueuse. Ils apprennent à se respecter, à s’écouter vraiment sans juger l’autre. Une relation centrale attachante qu’on prend plaisir à lire et à ouvrir. Keb et Mara sont vraiment le cœur de l’histoire. Leur différence (mentale et de peuple), leur complicité, leur complémentarité et leur humanité les rendent les mieux placés pour porter un roman aussi particulier et profond.
« Mara m’offrait une possibilité d’interroger quelqu’un d’autre au sujet de cette fichue brume, de remettre en question ses propres paroles, ses propres explications, ses propres croyances. Elle m’offrait de me faire ma propre opinion. » page 238
Des menaces qui complètent le récit, pour le rythme et la morale.
J’ai aimé comment rien n’est vraiment laissé au hasard. Il y avait plein de choses à aborder, des réactions face à cette brume plus diverse qu’être « pour » ou « contre » un retour en arrière. Des ambitions différentes faites d’histoires de personnages secondaires uniques. Il y a des rebondissements, le livre n’hésite pas à nous mener plus loin que sa seule histoire pour que tout soit vraiment complet !
C’est un livre dont chaque partie se dévore. Chaque scène à un but et les personnages sont peu nombreux, mais assez.
Il y a l’environnement, magnifique et grandiose. Un monde vallonné de montagnes qui menacent autant qu’elles se laisse admirer. Et il y a l’humanité et ses choix. Un équilibre précaire qui nous demande chaque instant, « qui laissera-t-on survivre ? ». Et qu’est-ce que chaque seconde, chaque pas en avant apportent ?
« À chaque battement de cœur, j’étais différent de celui d’avant ! J’en avais juste une soudaine conscience. » page 309
Conclusion
Une lecture dont j’avais besoin sans le savoir. Une découverte libre, où la course contre la montre nous demande d’admirer les aiguilles comme il se doit. J’ai appris quelque chose que je croyais savoir, mais j’ai eu besoin de l’entendre.
Un parfait mélange de réflexion et d’action, comme j’en attends des lectures de l’imaginaire. Un voyage profond, visuel, prenant, que je suis bien contente de ne jamais devoir choisir d’oublier ou de conserver et que je vous conseille vivement !
Les cartes de Tahsin

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