Aatea – Anouck Faure – Argyll – Avis littéraire

Introduction
À la croisée des océans et des cultures, il faudra à Aatea pêcher sa liberté à sa manière.
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Tout le monde est bien installé ? Bienvenue dans la Nuée ou les îles sont vivantes, les océans changeants et les humains disons… Divisés.
Aujourd’hui, on parle d’ « Aatea », d’Anouck Faure aux éditions Argyll. Une sortie de 2025 prête pour marquer vos aventures de 2026 si ce n’est pas déjà fait ! (spoiler, oui, j’ai adoré cette lecture et oui, cette chronique marque la dernière de 2025 d’ailleurs, n’hésitez pas à me faire vos retours sur cette troisième année de mon blog en commentaire !).
Résumé :
Navigateur capable de diriger son voilier solaire sur les océans en suspension de la Nuée, Aatea n’en demeure pas moins un paria aux yeux de son peuple : né en mer, il ne possède pas le filament, cet organe symbiotique qui permet aux siens de coexister avec de gigantesques îles vivantes. Seules ses expéditions maritimes l’aident à endurer la servitude à laquelle le contraint le système des castes. Or, après une attaque de pirates qui coûte la vie à tous ses passagers, Aatea perd le droit de naviguer.
Aatea choisit alors l’impensable : fuir la sécurité des îles, tout abandonner et suivre les traces de sa grand-mère, une exploratrice dont les récits ont bercé son enfance.
Tandis qu’un froid inhabituel s’abat sur le monde, Aatea part seul sur les flots instables, déterminé à voyager plus loin que quiconque. Cependant, dans la Nuée, où tout se dévore et se déchire, de nombreux dangers guettent le navigateur ; des dangers mais aussi des rencontres, de celles qui ancrent une vie et lui donnent un sens.
Style
J’ai envie de commencer par le style, pour parler de mes attentes en premier lieu et de ce qu’il en est vraiment. La vérité, c’est que le prologue m’a fait « peur », dans le sens où j’ai senti l’originalité et la complexité du monde que j’allais découvrir. La suite me prouvera que « Aatea » est complètement accessible ! Le style est beau, les descriptions profondes, mais j’ai trouvé un bel équilibre dans ma lecture entre un vocabulaire complet, des paysages complexes et des dialogues profonds et agréables.
Le tout m’a fait tourner les pages avec avidité. C’est le genre de mélange entre poésie, contemplation et discussion, finition de relation que j’adore.
Univers
« Aatea » est une science-fiction à l’univers profondément riche. Tout le lore, tous les lieux, invite à l’imagination et au voyage. Les variétés de paysages, de faunes, mais aussi des différents habitants qui habitent ou cohabitent avec ce monde, marquent le roman. Ça a même été, à mes yeux, sa force première.
Les douze illustrations de l’autrice elle-même sont un vrai plus d’ailleurs. Je me suis arrêtée sur chacune d’entre elles pour en apprécier les détails et plonger dans cette histoire si singulière (oui, j’ai une préférée, page 198, pour son sens surtout !).
La précision des détails de navigation, de l’hostilité autant que de la beauté de ce monde océanique qu’est la Nuée déploient des racines d’imagination qu’on a qu’une envie, c’est de découvrir ! Mais, « Aatea » n’est pas un roman qui trace un sillage solitaire en mer et c’est ce qui le rend si fluide. Ainsi, contemplatif, oui et non. Parce que ce texte est à la fois un voyage physique et psychique, qui se concentrera aussi sur les facettes humaines de son univers.
Un résultat à la hauteur de mes envies de lecture. Découvrir hors de mon monde, les failles et l’amour de ma terre.
« Il comprend que des choses vivent et d’autres meurent. Mais beaucoup meurent. Mais beaucoup vivent. » page 375
Histoire et personnages
Aatea est né en mer. Né trop tôt pour obtenir le filament qui permet aux siens de marcher sur les îles sans y succomber. Sa vie est dans la Nuée, à diriger un voilier, à onçoir, à sentir son monde à travers ses vibrations, ses changements soudains, ses âmes en quelque sorte.
Seulement, parfois, les choix, les siens et ceux des autres, guident sur un autre chemin.
« Il peut tout accepter tant qu’il a la Nuée. » page 134
Retirer à Aatea la Nuée, le condamner à vivre en bord d’île, sur des pontons de bois, n’est pas la destinée qu’il souhaite. Surtout quand le système politique des siens lui est hostile, fait de souffrance et de servitude.
Gorgé de récits, Aatea se lance à la poursuite de la vie qu’il entend mener sur l’océan, pour y trouver peut-être, non pas plus, mais une chose si inattendue et profonde qu’elle bousculera tout en lui.
Il y a un an (en décembre 2024), je suis tombée sur l’annonce de cette sortie. Cette nuit-là, j’ai senti ce roman « pour moi ». Je l’ai lu tard, mais au bon moment, car j’ai pu expérimenter tant de choses avant qui ont rendu cette lecture si agréable. Ce doit être la spécialité des éditions Argyll, dont les romans m’attirent toujours hors de mes murs pour mon plus grand plaisir. Je vous conseille donc de vous laisser guider.
Je me suis attachée au héros. Son envie de paix le rend humain et sa compassion attachant. Aatea ne veut ni guerre ni conflit. Pacifique, pragmatique et sensible malgré lui, ses aventures le guide vers l’aspect culturel de ce récit. Aatea voyage, comprends, observe et apprend. Ensuite, il pioche parmi tous les systèmes humains qu’il découvre ce qui lui convient à lui et à ceux qu’il souhaite protéger. Aatea est capable de beaucoup de résilience, et aussi de sacrifices, sans jamais perdre ce qui fait de lui, lui.
Ses relations effleurent alors les mots de respect et d’un amour (non romantique) magnifique. Un petit crabe qui donne encore plus de sens à tout.
Pour moi « Aatea » est un récit initiatique, bourré de reconnaissance pour le simple fait d’être en vie. Chaque rencontre donne au héros de nouvelles racines pour sa propre île, loin des machinations, des systèmes trop violent ou trop bienveillant à ses yeux et qui le fait grandir lui et ceux qui naviguent à ses côtés.
Aatea vit et retient de chaque épreuve. Alors, est-ce que c’est un livre extrêmement actif ? Non. Trop contemplatif ? Non plus. C’est juste une vague qui saupoudre d’une écume de sociologie une tranche de vie qui se recherche encore dans un monde trop vaste pour être prévisible.
Et moi, c’est le genre de voyage que je ne veux plus quitter, parce que je me sens chez moi dans la recherche de ce que nous apprend la diversité du monde.
Conclusion
Anouck Faure, avec « Aatea », offre à ses lecteurs un texte dont l’imaginaire unique reste gravé dans les esprits, au travers d’une histoire qui nous montre que nos racines ne sont jamais figées et qu’elles peuvent nous mener vers un bonheur ou des malheurs qui nous ferons mûrir.
Amateur d’océan, de rencontres, de racines et de liberté, c’est pour vous !
« Aatea, souffle la vieille. Dans la langue liturgique, cela veut dire vaste et lumineux. Je voulais que le monde lui apparaisse ainsi, vaste et lumineux. Nos îles ne sont que des cailloux à l’échelle de la Nuée. Je voulais qu’il sache que ce qui s’ouvre à lui est plus grand que ce qui lui est fermé. » page 325
Les cartes de Tahsin

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